07-05-2019 Liesbeth Verhulst

Où en sont les entrepreneurs par rapport à la transition numérique ?

Le langage du futur sera numérique, et cela vaut aussi pour le secteur de la construction. Le train de la transition numérique est en marché, mais un grand nombre d’entreprises ne sont pas encore montées à bord. Quelles applications numériques sont déjà actuellement utilisables par les entrepreneurs, quels en sont les avantages et les possibles aspects négatifs ? Nous avons posé ces questions à quelques experts en la matière.

BIM, machines 3D, réalité virtuelle… Aujourd’hui, ces applications numériques ne peuvent plus être ignorées dans le secteur de la construction. Elles sont déjà installées dans certaines entreprises, mais la plupart des autres n’ont pas encore franchi le pas. Une étude récente réalisée par la Confédération Construction auprès de 272 entreprises du secteur montre que 3% seulement utilisent le modèle BIM, 3% l'impression 3D, 3% la robotisation et 1% les drones. Karel Luyckx, directeur et directeur de la technologie chez Houben, n'est pas étonné: « De telles initiatives nécessitent un investissement important en temps et en moyens. Pour le moment, elles sont l’apanage de grandes organisations, alors qu’en Belgique, nous avons principalement des petites entreprises. »


BIM
Willemen Groep est un grand entrepreneur qui a fait de la numérisation un fer de lance. « Nous sommes l'un des pionniers du BIM en Belgique », déclare son CEO, Tom Willemen. « Le grand avantage du BIM est que les problèmes qui, auparavant, survenaient sur le chantier peuvent désormais être anticipés, détectés et résolus plus tôt et mieux. La planification est beaucoup plus réfléchie et repose sur une coopération intense. »

L’entreprise Houben travaille elle aussi avec le BIM depuis plusieurs années. « Le BIM est l'outil par excellence pour limiter le risque d'erreur », déclare Karel Luyckx. « Mais il y a encore des possibilités d’amélioration. Un modèle 3D collecte et regroupe une énorme quantité d'informations provenant de différentes intervenants. Le défi consiste à rendre tout cela uniforme et utilisable. »

« Il est important pour nous que le maître d’ouvrage reste propriétaire de ce flux d'informations numériques, aujourd'hui et à l’avenir », déclare Nic Maes, responsable de l’implémentation du BIM au sein du Groep Van Roey. « Nous croyons très fort dans le BIM et nous essayons de garder nos informations sur chantier aussi numériques que possibles en travaillant entre autres avec les tachéomètres. »

La construction numérique figure également parmi les priorités de BAM Belgium, mais l’entreprise veille à ne pas ‘numériser pour numériser’. « Notre objectif doit être avant tout de construire ensemble plus efficacement », explique Marisa Moens, responsable de la construction numérique chez BAM Belgium.

 

 « La construction a toujours été un secteur traditionnel, qui ignore les nouvelles tendances. Mais la transition numérique n’est pas juste une tendance, c’est la seule voie à suivre ! »

 

Des données, des données et encore des données

La numérisation est beaucoup plus large que le BIM. « Nous venons de recevoir la certification BIM niveau 2, pour laquelle nous avons approfondi nos processus de gestion de l'information », explique encore Marisa Moens. « Nous travaillons activement sur différentes technologies: intelligence artificielle, drones, capteurs, gestion de données, etc. Nous souhaitons les intégrer aux informations du BIM afin de simplifier le travail et de pouvoir nous concentrer sur le cœur de notre activité : la construction. Mais le changement dans la numérisation est rapide et fragmenté, il est donc important de trouver un bon équilibre et de toujours garder à l’esprit l’objectif ultime. Pour chaque projet, nous regardons donc où la numérisation peut offrir une valeur ajoutée pour le client, pour nous et pour nos partenaires dans le processus. »

Willemen Groep utilise également des drones sur ses chantiers à des fins de mesure et de surveillance. « En outre, nous intégrons de plus en plus de capteurs pour surveiller notre équipement sur chantier », explique Tom Willemen. Aujourd’hui, les tablettes ne sont plus une exception sur un chantier. L’application Aproplan, avec laquelle les employés peuvent consulter et compléter leurs plans, est largement utilisée. Le déploiement d'un système ERP est également une priorité pour quasi toutes les entreprises. « Nous travaillons à une intégration totale et approfondie de tous les départements dans le but de créer une base de données d'informations, dans laquelle nous pourrons obtenir toutes les connaissances nécessaires, que ce soit les coûts réels d’un projet, la réalisation plus rapides des devis ou une meilleure logistique », explique Karel Luyckx.

La réalité virtuelle est également en pleine évolution. Les possibilités des HoloLens sont à l’étude au sein du Groep Van Roey. « Nous investissons en outre dans l'imprimante de composants en béton 3D de Kamp C », déclare Nic Maes.


Investissement rentable, même pour les petits

Si la numérisation offre une telle valeur ajoutée, pourquoi toutes les entreprises de construction ne sautent-elles pas sur cette occasion inespérée ? Les coûts d'investissement ont déjà été mis en avant en tant qu’obstacle principal, mais il y a pourtant de petites entreprises qui considèrent cet investissement rentable. C’est le cas par exemple de l’entreprise Bouwwerken Jansen d'Opglabbeek. « Nous utilisons Aproplan, qui est un logiciel de comptabilité analytique et aussi un système de suivi et de traçabilité afin de pouvoir suivre notre équipement partout », explique son directeur, Özgür Uyar. « Jusqu’à présent, nous n’avons pas utilisé le BIM, mais nous venons tout juste d’investir dans LIMBIM, le pool BIM de la Confédération Construction pour le Limbourg, et nous commencerons à utiliser le BIM en 2019. La numérisation nécessite en effet un investissement important. La difficulté réside avant tout dans le fait que les employés doivent disposer des connaissances nécessaires pour pouvoir utiliser correctement tous ces outils numériques. » Et c'est souvent là que réside le problème. L’enseignement a un rôle capital à jouer à cet égard et, selon Tom Willemen, il reste encore pas mal de pain sur la planche dans ce domaine.


Maintenant ou jamais

L'évolution numérique est très rapide et pour toutes les entreprises, grandes ou petites, il est difficile de suivre et de maîtriser les innovations technologiques. « C’est pourtant nécessaire si nous ne voulons pas que cela nous handicape en terme de concurrence », reprend Özgür Uyar. Karel Luyckx est également convaincu que l'investissement est nécessaire pour être et rester compétitif : « Nous pouvons déjà nous en servir pour limiter les risques d'erreur, mais la rentabilité ne pourra être atteinte que dans quelques années. »

La construction est un secteur basé sur des projets. Cela implique de nombreuses échéances, mais également de nouvelles équipes et d'autres formes de coopération. Il n’est pas toujours évident, en plus des tâches et des soucis quotidiens, de prendre en compte de nouvelles choses dont l’impact n’est pas immédiatement visible. « BAM a choisi d’être partie prenante de l’évolution numérique, car nous y trouvons une vraie valeur ajoutée », déclare Marisa Moens.

 « Tout le monde n'est pas conscient du sentiment d'urgence. La construction a toujours été un secteur traditionnel, qui ignore les nouvelles tendances. Mais la transition numérique n’est pas juste une tendance, c’est la seule voie à suivre ! », conclut Tom Willemen.

 


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