16-10-2017 Tim Janssens

Que doivent changer les pouvoirs publics dans leurs adjudications ? (1)

Edward Sorgeloose

Président de la BVA  

Gérant du bureau Edward Sorgeloose Architecture

Lorsque les pouvoirs publics publient une adjudication, ils doivent se rendre compte qu’elle va susciter l’intérêt d’un grand nombre d’architectes. Il est dès lors capital que la description des projets soit suffisamment claire pour que les architectes puissent évaluer s’ils sont le bon partenaire du maître de l’ouvrage ou pas. Chaque adjudication devrait se dérouler en deux phases : une première phase durant laquelle les architectes communiquent brièvement leurs compétences et leurs idées et une deuxième phase durant laquelle une sélection de maximum cinq bureaux fait une proposition de projet concrète sur base d’une étude détaillée et chiffrée. Dans la première phase, la remise de dizaines de pages de documents administratifs peut être remplacée par une déclaration sur l’honneur relative aux questions du maître de l’ouvrage. Les pouvoirs publics devraient également plutôt s’enquérir de la vision et la méthodologie de l’architecte au lieu de se baser sur des projets similaires. Il sera alors possible de trouver des solutions créatives et innovantes.

 

Els Trio

Marketing Manager

Derbigum

Les pouvoirs publics lancent beaucoup de campagnes sur la rénovation et l’emploi de produits durables. Le développement de ces produits coûte cher et cela se répercute dans les prix. L’intégration de matières premières secondaires nécessite aussi un investissement humain et des équipements spéciaux. Assurer un suivi continu pour satisfaire aux critères de qualité et aux normes demande beaucoup d’efforts. Le marché reste encore malheureusement trop méfiant face à ces nouveaux produits durables. Les pouvoirs publics devraient jouer un rôle précurseur en les incluant dans leurs cahiers des charges, éventuellement sur base d’équivalences grâce à un système d’évaluation, et plus uniquement sur base du prix.  Les pouvoirs publics devraient aussi montrer l’exemple en décidant de rénover leur propre patrimoine avec des matériaux durables. Ils ne peuvent pas se permettre de rester en retrait alors qu’ils encouragent des choix durables et respectueux de l’environnement.

 

Bernard De Troch

Managing Engineer

CONIX RDBM Architects

En Belgique, lors de marchés publics, c’est toujours le moins-disant qui est retenu. Tous les acteurs du secteur de la construction en subissent les conséquences au quotidien : pression sur la qualité, discussions sur des suppléments de prix, poursuites juridiques, réunions d’experts, retards de chantier, … Pourquoi ne pas attribuer le marché au moins-disant mais au prix du second moins-disant ? Dans ce cas, soumissionner au plus bas ne présenterait plus d’avantage et la procédure d’adjudication mènerait à une fixation des prix conforme à la valeur du projet. De cette manière, toutes les parties pourraient se consacrer à la réussite du projet : les architectes pourraient à nouveau faire parler leur créativité, les entrepreneurs pourraient réaliser la construction selon les standards souhaités et le maître de l’ouvrage pourrait entrevoir la fin de son projet avec sérénité et confiance. Si tous les acteurs étaient mieux valorisés, le monde de la construction en serait un peu meilleur…

 

Hilde Masschelein

Administratrice Déléguée

Bouwunie

Lorsque les pouvoirs publics font exécuter des travaux, ils doivent veiller à ce qu’ils soient réalisés de manière correcte et qualitative et pour un prix juste. Travailler par adjudication est encore de loin la formule la plus utilisée même si elle se voit régulièrement mise en cause aujourd’hui. L’attribution par adjudication n’est pourtant pas une mauvaise formule en soi, pour autant qu’elle satisfasse à un certain nombre de conditions. Il doit ainsi être question d’un cahier des charges clair, complet et non sujet à interprétations. Il faut également imposer des exigences de qualité aux entrepreneurs et à leurs sous-traitants. La décision récente d’exiger que tous les sous-traitants soient reconnus est un pas dans la bonne direction. Les autorités administratives doivent aussi bien sûr suivre le projet et le contrôler. Travailler avec la formule de l’appel d’offre est une autre option. Cela demande beaucoup plus de préparation et n’est pas possible pour chaque mission. Cette formule apporte quand même un certain nombre d’avantages comme le fait que l’offre la moins chère n’est pas automatiquement choisie.


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