13-04-2017 Jeroen Schreurs

Travailleurs étrangers : un problème ?

Après des années de baisse constante, l’emploi dans la construction en Belgique s’est stabilisé en 2016. Parallèlement, comme les années précédentes, le nombre de travailleurs étrangers dans le secteur ne cesse d’augmenter, passant de 41 500 en 2015 à 49 500 en 2016. Cette augmentation est-elle pour autant un problème ? BBM a posé la question à plusieurs directeurs et gérants dans le bâtiment.

Même si les entreprises belges de construction n’ont pas à se plaindre du volume de travail, l’emploi reste une question sensible, le secteur étant en proie à une importante concurrence étrangère. Les entreprises de construction ressentent cette tendance mais ne sont pas toutes sur la même longueur d’ondes quant à l’impact négatif que certains attribuent à cette évolution.

 

Trop peu de Belges

Il faut commencer par faire la distinction entre les entreprises qui emploient des travailleurs étrangers et celles qui font appel à des sous-traitants étrangers. Les premières le font souvent par nécessité. « Ces deux dernières années, davantage de travailleurs belges sont à nouveau disponibles sur le marché », affirme Nancy Van der Putten de ATD Covan. « Il y a dix ans cependant, j’ai commencé à engager des travailleurs étrangers, surtout des Polonais et des Bulgares, parce qu’il n’y avait chez nous tout simplement pas assez d’hommes de métier compétents. Cette expérience s’est révélée positive. » Ce que confirme Gino D’herde de l’entreprise de couverture Pagidak. « Le nombre d’étrangers continue à croître dans notre secteur, notamment parce que trop peu de Belges sont disposés à se lancer dans le bâtiment.  Pour une discipline et une région données, nous puisons tous dans le même petit vivier. »

Kris De Brabander, gérant de l’entreprise de plafonnage In’t Wit, a sur le sujet une opinion encore plus tranchée.  « S’il n’y avait plus de main d’œuvre étrangère pour effectuer les travaux de plafonnage, le travail s’arrêterait tout simplement. Je ne trouve pas de travailleurs belges motivés pour devenir plafonneurs – et ce constat est confirmé par d’autres gérants avec qui je suis en contact. Je n’ai par ailleurs pas de mauvaise expérience avec le travail réalisé. Et si vous parvenez malgré tout à trouver des gens motivés, ceux-ci lancent leur propre affaire dès qu’ils ont acquis les ficelles du métier. »

Le nombre d’étrangers ne cesse de croître dans notre secteur, notamment parce que trop peu de Belges sont disposés à se lancer dans le bâtiment. (Gino D’herde, Pagidak)

 

La question de la langue

La différence de langue est-elle un problème ? De Brabander ne le pense pas. « Au contraire, je  préfère que les clients adressent leurs questions et remarques au chef de chantier ou à moi. C’est ce qui se passe avec la main d’œuvre étrangère. Lorsque les clients communiquent avec des ouvriers belges et qu’un problème se pose, je n’en sais souvent rien.  Ce qui nous empêche de vérifier si les travaux sont réalisés comme convenu. » Marc Pinckers de Demonceau Toitures a un autre avis sur la question. Il constate que les travailleurs étrangers ont souvent du mal à comprendre les plans et les documents, et que la qualité du travail en pâtit. « Encadrer ces personnes avec toute l’attention requise fait aussi partie du rôle de l’employeur », répond Gino D’herde de Pagidak.

Pendant ce temps, des associations professionnelles comme la Confédération Construction et la Bouwunie mettent la pression sur le gouvernement pour changer les choses. La lutte contre le dumping social et la fraude est ainsi entamée, mais certainement pas encore gagnée. « Dans pareils cas, le gouvernement doit se montrer très répressif, » explique Jean-Pierre Waeytens, secrétaire-général de la Bouwunie. « On connaît également des situations où des sous-traitants étrangers sont parfaitement en règle mais font une concurrence déloyale aux entreprises belges parce que les charges sociales dans leur pays d’origine sont beaucoup moins élevées qu’en Belgique. C’est pourquoi la Bouwunie demande avec insistance au gouvernement actuel une diminution des charges salariales de 6 euros l’heure. »

Les chefs d’entreprise réfléchissent d’ailleurs également à des solutions.  Comme Nancy Van der Putten de ATD Covan : « Une bonne mesure serait par exemple d’exiger que 80 % des travailleurs soient de nationalité belge lorsqu’il s’agit de marchés publics. Ou d’éviter les entreprises qui ne font que prendre des chantiers pour ensuite les sous-traiter intégralement à l’exception de la coordination. Cela favoriserait une saine concurrence. »

Cela me dérange que beaucoup pensent que les entreprises font plus de bénéfice en travaillant avec des étrangers meilleur marché. (Christian Goedertier, CFE)

 

Prix cassés

Les prix bas qui sont payés aux entreprises de construction pour leur travail constituent un problème récurrent.  Celles-ci se voient en effet contraintes de faire appel à une main d’œuvre étrangère à moindre coût. « Cela me dérange que beaucoup pensent que les entreprises font plus de bénéfice en travaillant avec des étrangers meilleur marché, » commente Christian Goedertier, directeur travaux chez CFE. « C’est parce que les maîtres d’ouvrage coupent de plus en plus dans les prix que nous devons chercher notre salut à l’étranger. »


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