16-10-2017 Liesbeth Verhulst

Pénurie d’isolants : quelles conséquences ?

Le secteur du bâtiment déplore la pénurie de panneaux d’isolation PUR et PIR. Les prix flambent et les délais de livraison augmentent avec pour conséquence des chantiers ralentis ou à l’arrêt et des entrepreneurs qui voient leur chiffre d’affaire dégringoler. Selon la Confédération flamande de la Construction, il ne faut pas s’attendre à une amélioration avant la fin de l’année.

C’est la pénurie de MDI, la plus grande  matière première nécessaire à la fabrication du polyuréthane, qui est à l’origine du problème. Outre la demande sans cesse croissante qui fait monter la pression sur l’offre, des incidents se sont produits chez certains fabricants de MDI comme une explosion chez BASF en Allemagne. « Par conséquent, les fabricants ont produit moins de PUR/PIR », explique Marc Dillen, directeur général de la Confédération flamande de la Construction.
Les répercussions chez les entrepreneurs ne se sont pas fait attendre. « Nous avons pu nous remettre au travail après le congé du bâtiment mais uniquement parce que les chantiers à l’arrêt depuis le printemps à cause de la pénurie d’isolants pouvaient redémarrer », dit Rudy Evens, CEO du groupe Tectum.

 

Compte tenu de la cause de la récente pénurie de PUR et PIR, il n’y a aucun problème structurel du côté de l’offre.

 

Des prix en hausse

En plus des délais de livraison qui peuvent atteindre 12 semaines, le secteur doit aussi lutter contre une hausse des prix. « Nous assistons à des hausses de prix allant jusque 60 % depuis le mois de novembre 2016, dit Marc Dillen. En septembre 2017, il y aura une nouvelle augmentation de 8 %. Aujourd’hui, les entrepreneurs qui demandent des devis pour des chantiers en 2018 ne reçoivent pas de prix fixes à l’unité de la part des fournisseurs. Comment peuvent-ils alors faire des devis corrects ? »
De plus, les hausses de prix ne peuvent pas être répercutées chez le client pour des projets en cours pour lesquels les contrats ont déjà été signés. « Par conséquent, nous avons subi une perte de chiffre d’affaire de 20 à 25 % entre avril et juin, dit Rudy Evens. Une perte qui sera seulement compensée après le congé du bâtiment quand de nouveaux contrats à des prix plus élevés seront signés. »
Les conséquences ne se font pas attendre non plus chez DSB. « Le planning doit être revu presque tous les jours pour trouver des solutions pour nos ouvriers, raconte le directeur Willy Coenen. Nous n’avons encore dû mettre personne en chômage technique mais tout repose sur les livraisons. Comme couvreur, la période d’avril à septembre est la meilleure de l’année. Que cette pénurie ait lieu justement à cette période-là est néfaste pour notre secteur. »
À la date de parution de ce magazine, le gouvernement flamand devrait envoyer une circulaire demandant la suppression des amendes pour les chantiers ayant pris du retard. C’est encore plus nécessaire pour les entrepreneurs. « Dans pareil cas, les pouvoirs publics devraient invoquer la force majeure pour que chacun, particulier ou entreprise, puisse accepter la situation. Pour qu’il ne soit enfin plus question d’amendes », dit Willy Coenen.

 

Quelles sont les alternatives ?

Existe-t-il des alternatives pour soulager le secteur des matériaux d’isolation ? « On essaie d’en tenir compte dans les nouveaux projets mais ce n’est pas évident », affirme Bart d’Hont, directeur général de Willemen General Contractor. « Ces alternatives nécessitent la plupart du temps des matériaux d’une plus grande épaisseur pour répondre aux normes PEB actuelles. Cela a aussi des conséquences pour les architectes, qui dans certains cas n’ont aucune
autre option si ce n’est une alternative plus chère. Si les isolants PIR et PUR sont mentionnés dans le cahier des charges, on ne peut pas y couper. »

La pénurie d’isolants se fait aussi sentir chez Derbigum et ISOVER, partenaires du magazine BBM. « Il y a énormément de chantiers où l’isolation du toit plat a dû être reportée faute de garantie de la disponibilité des matériaux d’isolation », dit Philippe Lathouwers, directeur des ventes chez Derbigum.
ISOVER constate une demande croissante pour une isolation en laine de verre. « Des alternatives à part entière aux isolants PUR et PIR existent bel et bien, affirme-t-on. ISOVER a un produit de haute qualité pour l’isolation des murs creux avec une très bonne valeur lambda, qui peut être utilisé dans des constructions existantes sans élargissement des fondations et à un prix compétitif. »

 

Pas de problème structurel

D’ici 2050, le problème des matériaux d’isolation ne fera qu’amplifier. La Confédération flamande de la Construction ne prévoit pourtant pas de pénurie à long terme. « Compte tenu de la cause de la récente pénurie de PUR et PIR, il n’y a aucun problème structurel du côté de l’offre, dit Marc Dille. Pour répondre à ce problème croissant, deux nouvelles usines de MDI sont prévues : chez BASF en Allemagne et chez Dow Chemicals en Arabie saoudite. »
La Fédération flamande de la Construction prévoit des problèmes jusqu’à la fin de l’année. « Nous ne savons pas quand les livraisons vont reprendre mais d’ici là les entreprises doivent s’organiser en conséquence et tenir compte de la pénurie dans les nouveaux projets », dit Marc Dillen.


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