23-03-2018 Philippe Selke

Rénover une façade avec classe ou comment faire d’un problème une opportunité

Avenue Camille Vaneukem à Anderlecht : un immeuble à appartements datant de 1961, en rez + 5. Une façade monolithique, sans creux ni isolation, qui, côté ouest, prend les intempéries de plein fouet. Avec pour conséquences des pièces rongées par la condensation, des infiltrations et de la moisissure. Une intervention s’imposait. Autant en profiter pour donner à l’immeuble une plus-value esthétique.

Régulièrement confronté au patrimoine immobilier vieillissant de la capitale, l’architecte bruxellois Etienne Blave tente chaque fois de faire d’une pierre deux coups, c’est-à-dire améliorer le confort des habitants mais également l’esthétique du bâtiment.

 

« Pont thermique géant »

Cela fait plus de 20 ans qu’il travaille avec des copropriétés comme maîtres d’ouvrage, dans le but de résoudre des problèmes en attente de solution depuis souvent bien trop longtemps. Il s’agit chaque fois d’identifier une pathologie et de proposer des solutions qui soignent la cause et non le symptôme. Dans le cas présent, le patient est exposé aux moisissures et autres affres issus d’un mode constructif qui semblait hélas fort répandu à cette époque :  façades monolithiques en briques, parfois dans une ossature en béton, sans creux, et dépourvues de toute isolation. Etienne Blave : « On a des ponts thermiques géants et c’est très compliqué de faire comprendre aux gens que, pour résoudre cela, il faut habiller l’immeuble avec un pullover et un K-way. Une majorité de syndics a encore tendance à privilégier une solution cosmétique, c’est-à-dire dégainer le pistolet à mastic et le pulvérisateur à hydrofuge, remède totalement inadapté à la pathologie identifiée.

L’état des murs dans certaines chambres à coucher orientées à l’ouest fait froid dans le dos. Un véritable problème de santé publique, selon l’architecte. Et pourtant, mettre tout le monde d’accord a pris du temps. Le dossier n’est arrivé sur le bureau de l’architecte qu’en 2015 et, une fois le budget réuni et les décisions prises pour la seule façade orientée ouest dans un premier temps, il a encore fallu plus d’un an pour obtenir le permis. Les travaux se sont quant à eux déroulés en octobre et novembre 2017.

 

Teintée dans la masse, CLAVO offre des nuances douces

Le bâtiment est recouvert de quelques centimètres de béton gris imitation pierre et sa façade ouest est percée de 18 baies de mêmes dimensions, réparties sur 6 niveaux et parfaitement alignées. Des encadrements en saillie donnent un certain cachet tout en constituant des passages pour l’humidité. L’isolation ne pouvait se faire que par l’extérieur. L’architecte a donc cherché une solution esthétique qui respecte le bâtiment tout en offrant une solution aux problèmes d’isolation et d’étanchéité à l’eau. Par-dessus les panneaux isolants rigides et la structure en bois, il a imaginé une modulation avec de grandes ardoises allongées pour donner une certaine animation à la façade et un côté plus habillé que de simples ardoises placées à claire-voie. « Nous avons travaillé avec les nouvelles ardoises en fibres-ciment Eternit CLAVO, 100% teintées dans la masse, avec leurs nuances douces, en 80 x 40, combinées avec des panneaux Equitone. Nous avons fait plusieurs versions du calepinage pour optimiser en évitant les pertes. Ardoises et panneaux ont tous deux un bel aspect mat et brossé. Nous avons certes modifié l’esthétique du bâtiment, mais sans rupture : nous gardons une harmonie de tons et une apparence naturelle. » La pose selon le système cassettes vient ajouter une touche classieuse supplémentaire à la réalisation.

 

Travail bien fait

Etienne Blave : « Nous avons travaillé de façon à avoir une correspondance de joints entre les panneaux entiers et les ardoises. Les ardoises sont clouées horizontalement sur la structure en bois, derrière laquelle passe l’isolant de manière continue. Vu le recouvrement, ces fixations sont invisibles. Des profils omega en néoprène permettent d’éviter que l’eau ne passe entre les ardoises. Les finitions latérales sont en zinc, de même que les encadrements de fenêtre, en double bourrelet à la fois pour garantir une très bonne étanchéité mais aussi pour obtenir un effet plus marqué qu’un aboutage simple entre ardoises et panneaux et ainsi retrouver un peu l’esprit de ce qu’il y avait avant. C’est un travail de précision, pour lequel il faut prendre son temps. Nous avons travaillé avec une entreprise qui accepte cette philosophie. Il faut choisir des gens avec lesquels on puisse s’entendre. Ni le fournisseur de matériaux ou de techniques ni l’architecte n’ont envie de voir le travail gâché par des gens qui n’ont pas la compétence.  On pense parfois que réaliser un revêtement bardage est simple et sans surprise, mais cette réalisation prouve qu’il est toujours possible d’innover à partir de composants simples. »

Localité Anderlecht
Maître d’ouvrage  association de copropriétaires
Architecte Atelier d'Architecture Etienne Blave sprl
Entreprise ECOBA
Bardage Ardoises Eternit CLAVO 80 x 40 gris argent et panneaux Equitone Tectiva gris clair, le tout sur 186 mètres carrés

 


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